Sciences, un métier de femmes #7

Le 7 mars 2023

Montrer par l’exemple que tous les métiers scientifiques sont mixtes, décrypter les stéréotypes, dépasser les idées reçues, telle est l’ambition de notre journée « Sciences, un métier de femmes » qui, chaque année depuis 2017, rassemble près de 500 lycéennes de l’Académie de Lyon pour les convaincre d’avoir confiance en leurs capacités de réussir. Cette journée est co-organisée par l'association Femmes & Sciences (https://www.femmesetsciences.fr/), le LabEx ASLAN et les laboratoires CNRS ICAR (http://icar.cnrs.fr/) et CRAL (https://cral.univ-lyon1.fr/).

Pourquoi une telle journée ?

La journée « Sciences, un métier de femmes ! » revient en 2023 pour la 7ème année consécutive. Le manque d’intérêt des jeunes filles pour les sciences reste un problème d’actualité. Aujourd’hui encore, alors que les filles sont presque à parité avec les garçons en Terminale S, seulement un quart des diplômes d'ingénieurs sont délivrés à des femmes. Globalement, les différences d'orientation entre filles et garçons se sont très peu estompées avec le temps ; le nombre de filles qui s'orientent vers des études supérieures scientifiques et techniques reste trop faible dans les cursus de sciences au niveau du lycée. Depuis la dernière réforme des lycées, le nombre de filles avec une doublette scientifique est passé de 95 000 filles à moins de 68 000 en 2021. C’est un recul de plus de 15 ans pour l’engagement des filles. Selon une étude du MENESR (2016), les filles réussiraient mieux le Bac (91% d’entre elles l’obtiennent) que les garçons (86%). Parmi elles, 46,7% ont passé un Bac scientifique mais avec une grande disparité quant aux options choisies : 49% ont pris SVT, 25% en chimie et seulement 19% en mathématiques, et ce chiffre chute encore plus pour l’informatique et les sciences numériques, seulement 4%, et les sciences de l’ingénieur (3%). Dans le monde professionnel et de la recherche, au CNRS, les femmes représentent moins de 20% des ingénieures, assistantes ou techniciennes en calcul scientifique ; respectivement 18% et 20% en sections 6 et 7, sciences de l’information ; 19% en section 41, mathématiques. Les chiffres sont sensiblement les mêmes au CNU (Conseil National des Universités).

Deux médailles Fields seulement ont été attribuées à des femmes (Maryam Mirzakhani, en 2014 et Maryna Viazovska en 2022) et trois prix Turing (pour 73 hommes qui l’ont reçu, depuis sa création en 1966).

Il s’agit d’un problème culturel, lié à l’éducation et au formatage modelé par la société et les médias. Les stéréotypes entraînent des préjugés tenaces et les jeunes filles ont du mal à se projeter dans ces métiers et à envisager de faire les études pour y parvenir, car pour la plupart elles ne connaissent pas de femmes scientifiques pouvant leur servir de référence.

Pourtant, notre société est confrontée à d’immenses défis : problème des ressources en eau, alimentation, santé, énergie, réchauffement climatique, etc. Toutes les compétences sont nécessaires pour les relever, à commencer par celles des femmes qui, jusqu’à présent, n’ont pas été assez reconnues et mises à profit, privant la société de nombreux talents.

Afin d’agir pour inciter les jeunes filles à choisir des voies qui les conduisent, elles aussi, aux postes scientifiques et technologiques les plus qualifiés, nous souhaitons poursuivre l’action débutée en 2017 et reconduite chaque année, toujours couronnée de succès auprès des lycéennes et plébiscitée par les enseignants.

Que faire ?

Nous voulons convaincre les jeunes filles que toutes les voies d’études leur sont ouvertes et qu’elles ont le droit d’avoir de l’ambition dans leurs parcours professionnels à venir. Pour cela, nous organisons, depuis 2017, une journée spécifiquement destinée aux lycéennes afin de les faire rencontrer des femmes techniciennes, ingénieures et chercheures travaillant des domaines technologiques et scientifiques variés, dans le public comme dans le privé. Chaque année, nous sommes très vigilantes quant à la représentation des domaines des mathématiques et de l’informatique. En effet, ces deux domaines sont très largement en manque de femmes. C’est ainsi que nous collaborons avec la Maison des Mathématiques et de l’Informatique de Lyon ainsi qu’avec des laboratoires d’informatiques, tels que le LIP, l’UCJ et le LIRIS (dont un des pôles fait, par ailleurs, partie de LabEx ASLAN, un des organisateurs principaux de cet évènement), afin d’avoir un maximum de marraines étudiant ou travaillant dans ces domaines. Leur présence permet alors de montrer par l’exemple, et donc par l’identification, qu’intégrer ces filières est possible !

Le succès de ces opérations a montré la pertinence de s’adresser directement aux lycéennes et que le manque de références féminines dans le monde scientifique a un impact énorme sur la représentation qu’ont les jeunes filles de la place de la femme dans le monde scientifique. L’idée est ainsi de montrer par l’exemple que tous les métiers scientifiques sont mixtes. Au cours de cette opération, les lycéennes rencontrent des jeunes femmes, exerçant des métiers habituellement étiquetés comme « masculins », jeunes femmes auxquelles les lycéennes pourront, par la suite, s’identifier et se référer comme modèles. Ces marraines viennent pour témoigner de la diversité de leur profession et de leurs parcours d’étude et démontrer que les femmes ont la capacité d’accéder à tous les métiers. Les journées, organisées depuis 2017, ont remporté un vif succès : nous avons chaque fois du refuser un nombre important de lycéennes car les demandes de participation dépassaient largement nos possibilités d’accueil, malgré la taille de l’amphithéâtre Mérieux.

Les lycéennes ont apprécié le contexte particulier de cette journée qui leur était dédiée et qu’elles ont trouvé riche en échanges. Les marraines ont réussi à leur donner confiance en elles et envie de dépasser les préjugés. Les retours des lycéennes sont très positifs et plusieurs élèves de Terminale disent avoir changé leurs vœux sur ParcoursSup suite à la journée. Les enseignants aussi ont plébiscité cette journée et ils sont nombreux à nous solliciter pour renouveler l’opération.

Organisation ?

La journée aura lieu le mardi 7 mars 2023. L’édition 2023 sera organisée en présentiel, tout comme les années antérieures sauf 2021. L’ENS a accepté de nous accompagner de nouveau pour 2023, en nous mettant à disposition l’amphithéâtre et l’atrium.

La journée débutera par de courts discours d’ouverture puis une présentation d’une sociologue spécialiste du genre s’ensuivra. Cette présentation dynamique permettra de donner des informations aux lycéennes pour les aider à comprendre et à décoder les stéréotypes et les idées reçues qui influencent nos modes de pensée. Des capsules vidéo seront également prévues, notamment celles de Françoise Barré-Sinoussi (marraine d’honneur en 2018) et de Najat Vallaud-Belkacem (marraine d’honneur en 2020). Ensuite, les marraines présenteront leur travail et leur parcours d’études et professionnel afin de déclencher des discussions avec les jeunes filles. La participation d’une trentaine de marraines est prévue : techniciennes, ingénieures et chercheures en poste, post-doctorantes et jeunes doctorantes travaillant dans des domaines variés. Nous constituerons une quinzaine de binômes et pourrons donc intervenir dans une quinzaine de lycées de la région Auvergne Rhône-Alpes.

La couverture de l’évènement sera réalisée par l’équipe de communication du LabEx ASLAN et le service communication de l’ENS de Lyon.

Comme pour les précédentes éditions, nous financerons une auteure de BD, Leah Touitou, qui produira un rendu sous forme de bande dessinée, qui sera diffuser aux jeunes filles et plus largement sur Internet afin d’augmenter l’impact de la journée.

Notre but est non seulement d’informer les jeunes filles sur la variété des métiers et des parcours de formation mais aussi de les convaincre qu’elles ont les capacités de réussir. Les formations scientifiques et technologiques débouchent sur des métiers captivants à des niveaux et dans des domaines très variés. Les parcours sont multiples et conduisent aux métiers de demain ; les filles ne doivent pas se censurer et s’en exclure. Les choix des marraines reflèteront au mieux cette idée afin de susciter chez les jeunes filles l’envie d’étudier et d’exercer des métiers d’avenir et surtout de leur donner de l’ambition dans leur parcours d’études et professionnel.