Publié le 28 novembre 2018 | Mis à jour le 14 décembre 2018

Comment nos chercheur·es participent à soigner le langage

Crédits : Ben White on Unsplash

Crédits : Ben White on Unsplash

Prévenir, repérer et traiter les difficultés ou troubles de la voix, de la parole et du langage, c’est la mission que s’est donnée l’orthophonie. Apparue au milieu du XXe siècle, cette discipline paramédicale compte désormais plus de 25 000 praticiens, contre 827 en 1970. Avec un tel essor de cette discipline, comment nos chercheurs en sciences du langage participent-ils à l’amélioration des soins, et à la formation des futurs professionnels ?

Marie a 8 ans, et depuis un mois elle se rend deux fois par semaine chez son orthophoniste. Après un bilan orthophonique prescrit par son médecin référent, la clinicienne a diagnostiqué chez Marie un trouble spécifique du langage écrit, regroupant chez cet enfant une dyslexie, une dysorthographie et une dysgraphie. Marie met plus de temps que les autres enfants de son âge à déchiffrer une phrase, a tendance à confondre les sons ou les lettres, et fait plus d’erreurs pour déchiffrer et transcrire que ses camarades. Ce trouble affecte à la fois la lecture, l’orthographe et l’écriture. Il se caractérise par un retard d’apprentissage de la lecture et de l’écriture, pouvant être diagnostiqué au début de la classe de CE2. Ce trouble toucherait entre 6 et 8% des enfants, et ne disparaît pas à l’âge adulte. Il est donc conseillé pour Marie de consulter un orthophoniste pour l'aider dans ses apprentissages, pour améliorer son quotidien, et pour envisager avec elle ses projets d'avenir. 

En effet, les troubles Dys (dyscalculie, dyslexie, dysorthographie, dysphasie, dyspraxie, etc.) ne sont pas des obstacles à la réussite. Pour les personnes présentant un trouble Dys, des stratégies de compensation existent. Nos chercheurs jouent un rôle important à différents niveaux : dans la compréhension de ces troubles et des adaptations possibles pour les contourner, dans la formation des futurs professionnels, et dans l’accompagnement des personnes Dys, afin de favoriser leur inclusion scolaire, professionnelle et sociétale.

Le rôle des chercheurs dans la formation des futurs orthophonistes

Agnès Witko, orthophoniste et enseignante-chercheuse à l’Université Claude Bernard Lyon 1, à l'Institut des Sciences et Techniques de Réadaptation (ISTR), et au laboratoire Dynamique du Langage, participe à la formation initiale des orthophonistes. Elle dispense différents enseignements auprès des futurs orthophonistes. L’originalité de cette formation réside dans le dialogue constant avec les étudiants, qui s’impliquent dans le processus d’apprentissage. Cette forme de pédagogie active permet aux étudiants d’alimenter le cours, d’expérimenter des mises en situation pratiques, et aussi d’évaluer leurs enseignants. « On essaie de voir comment les étudiants ont vécu la situation d’apprentissage », précise Agnès Witko.
Le rôle des chercheurs dans la formation des futurs orthophonistes consiste également à créer des liens entre la recherche scientifique et les enjeux sociétaux. Agnès Witko s’interroge : « comment peut-on soigner le langage et aider les personnes Dys à retrouver une place plus équitable dans la société » ?
 À différents moments de sa vie, la personne qui présente un trouble du langage écrit doit accepter cette ‘’dystinction’’ pour vivre le mieux possible avec son handicap.
Citation extraite de l’ouvrage Les enfants Dys.

Les troubles spécifiques des apprentissages et du langage mobilisent un ensemble de disciplines scientifiques, et les cliniciens doivent donc être formés à réaliser des diagnostics pluridisciplinaires. Pour exercer le métier d’orthophoniste, un Certificat de Capacité d’Orthophoniste (CCO) est nécessaire, qui s’obtient après cinq ans d’études (grade Master). Cette formation alterne entre cours théoriques dans divers domaines (sciences du langage, psychologie, neuropsychologie, psychiatrie, gérontologie, neurologie, et pathologies du langage), formation clinique (stages), et formation à la recherche (stage et mémoire). C’est en reliant ainsi les questions de recherche et les problématiques de terrain, et en développant des outils de formation que les chercheurs peuvent apporter aux étudiants une réflexivité sur leur futur métier.


Capture d'écran de l'animation Le conduit vocal en action
Capture d'écran de l'animation Le conduit vocal en action
L’animation « Le conduit vocal en action », développée à l’Université Lyon 1, est un outil à destination des étudiants et des enseignants en phonétique articulatoire. Il est également utilisé par les orthophonistes, entre autres, pour la prise en charge de troubles de l’articulation. Mélanie Canault, Maître de Conférences (Université Lyon 1, DDL), est à l'initiative de la conception de l’outil. Elle explique qu’il peut servir de référence pour se représenter et comprendre les mouvements des organes (langues, voile du palais, etc.) sous-tendant la production des sons de la parole. L’animation permet plus spécifiquement de visualiser les articulations des sons du français. L’outil est accessible gratuitement sur le site Anatomie 3D de Lyon 1, et une nouvelle version devrait voir le jour en juin 2019.

Des outils de sensibilisation pour l'entourage des personnes Dys

Stand des laboratoires DDL et ICAR présentant le MOOC et l'atelier "Parcours des Dys"
Stand des laboratoires DDL et ICAR présentant le MOOC et l'atelier "Parcours des Dys"
Il est important que les chercheurs aient également un contact direct auprès de la population, afin de partager les résultats de leurs recherches, et sensibiliser le public avec de l’information de qualité. Par exemple, nos chercheurs proposent deux outils de sensibilisation ayant fait leurs preuves : un cours en ligne et l’atelier « Parcours des Dys ».

« Étudiants dyslexiques dans mon amphi : comprendre et aider » est une formation en ligne et accessible à tous, aussi appelée MOOC, pour Massive Open Online Course. Elle a pour but de familiariser les enseignants et le grand public avec la dyslexie, sa prise en charge et ses effets sur la vie universitaire. Issu de projets de recherche (ETUDYS, DYS’R’ABLE, FLEXIDYS), le MOOC propose des clés pour adapter l’enseignement aux étudiants dyslexiques et mieux les accompagner durant leur cursus universitaire. Suite au succès de la première édition en 2018 avec plus de 6 500 inscrits et 86 pays participants, le MOOC reprend en 2019 avec une version augmentée.

Inscriptions au MOOC jusqu’au 15 mars 2019 :
Cliquer ici

Par ailleurs, les membres du laboratoire Dynamique du Langage ont développé depuis plusieurs années un atelier de sensibilisation intitulé « Parcours des Dys ». Cet atelier permet de se rendre compte des difficultés rencontrées par les personnes Dys dans des situations du quotidien. Par exemple, il s’agit de lire un texte avec des guimauves dans la bouche pour se mettre à la place d'une personne qui produit un message peu intelligible, une situation que l'on rencontre avec des personnes dysphasiques. L'atelier propose aussi de boutonner une chemise avec des gants pour simuler un handicap sensorimoteur proche de la dyspraxie. L’atelier répond d’abord à un besoin de compréhension du handicap pour les aidants et les proches de ces personnes, et conduit ainsi à faire des connexions entre la recherche et la société.

Les participations des chercheurs aux événements grand public

Les chercheurs du LabEx ASLAN participent également à des événements à destination du grand public, leur offrant ainsi l’occasion de présenter les outils de sensibilisation comme le MOOC et le « Parcours des Dys », et d’expliquer leurs recherches.
Les laboratoires DDL et ICAR étaient notamment représentés à la 12ème journée nationale des Dys dans le Rhône, organisée par l’association Dystinguons-nous le 13 octobre 2018. Cet événement régulier est particulièrement important pour nos chercheurs car il leur permet d’échanger en direct avec des personnes concernées par les troubles Dys.
La soirée dyslexie à l'université a proposé un temps d'animation puis des conférences
La soirée dyslexie à l'université a proposé un temps d'animation puis des conférences
D’autre part, la « soirée dyslexie à l’université : se comprendre pour mieux réussir ! » du 14 novembre 2018, organisée par le LabEx ASLAN avec l'aide du Pôle Handicap de l’Institut Catholique de Lyon, a permis à des étudiants et des enseignants de mieux comprendre la dyslexie et quels accompagnements peuvent être mis en œuvre à l’université pour favoriser la réussite des étudiants dyslexiques. 

Les projets de recherche

ASLAN s’investit largement dans le secteur de la santé. Ses projets de recherche favorisent les collaborations avec d’autres chercheurs, des professionnels de santé, des associations et la Mission Handicap de l’Université de Lyon. Cela a donné lieu aux projets ETUDYS, DYS’R’ABLE et FLEXIDYS, qui ont permis d’analyser les difficultés ressenties et observées chez les étudiants dyslexiques (trouble généralement plus étudié chez l’enfant). Une enquête sur les besoins et difficultés des étudiants dyslexiques et non dyslexiques dans l'enseignement supérieur, des expérimentations neuropsychologiques et des passations psycholinguistiques ont ainsi fait avancer les connaissances sur les difficultés en lecture, écriture et attention des étudiants dyslexiques, ainsi que sur leurs particularités rédactionnelles. Ils ont ensuite donné lieu à des formations et des actions de sensibilisation, comme le MOOC et la soirée dyslexie à l’université.

Rédaction : Rémi Léger, chargé de communication du LabEx ASLAN