Quand on évoque cette question, on peut se demander ce que vont étudier les chercheur.e.s qui analysent les interactions entre les individus : vont-ils/elles s’intéresser à la langue (orale) ? A la manière dont les individus organisent leurs échanges ? Au contenu lui-même de ces échanges ? Aux ressources (non seulement verbales) auxquelles les individus ont recours ? Ou peut-être quel rôle jouent les relations sociales, la situation dans laquelle se déroule l’interaction, l’individu lui-même ?

Les chercheur.e.s d’ASLAN spécialisé.e.s dans l’analyse des interactions s’intéressent en effet à la richesse des différentes ressources verbales et non verbales utilisées par les individus pour interagir entre eux, ainsi que l’organisation des échanges, en considérant le contexte de l’interaction (contexte professionnel, privé, institutionnel, etc.), l’activité dans laquelle sont engagés les locuteurs (ex : en train de cuisiner, en réunion), et les modalités de l’interaction (en face à face, par téléphone, entre deux individus, ou plus, etc). Ils montrent dans leurs recherches l’importance de ne pas se limiter uniquement au verbal, mais de prendre en compte la manière dont les mots sont prononcés (phonétique et prosodie), les bruits et sons non-lexicaux, les gestes, regards et posture, la manipulation d’objets, etc. Cette approche globale permet de détailler comment l’interaction se construit ensemble, comment une action appelle une autre, comment tout élément a sa place et sa fonction dans le grand ensemble. Les spécialistes en analyse des interactions sont par exemple en mesure d’identifier précisément ce qui diffère lorsqu’on s’adresse à un supérieur hiérarchique plutôt qu’à un ami, ou les étapes qui mènent jusqu’à la prise de décision commune dans une réunion de travail.

L’objectif de ces études est en premier lieu patrimonial. Il s’agit de décrire notre système de communication orale, et ceci en fonction de la situation d’interaction, des locuteurs, du contexte culturel et de la période donnée. A partir de là s’ouvre tout un champ d’études possibles répondant à des problématiques sociétales, et pour lequel les chercheur.e.s peuvent être amené.e.s à proposer des recommandations, voire des formations. C’est par exemple le cas du projet REMILAS, qui cherche à étudier la communication entre des médecins et des patients migrants ou demandeurs d’asile, lors de consultations médicales en présence ou non d’un interprète. Le projet IAA, porte quant à lui, sur l’étude du maintien de la communication et de la compréhension entre des locuteurs atteints d’aphasie et leur entourage (conjoints, amis et professionnels de santé).